Chats dans le colimateur

Extrait

1er extrait

…il est aussi noir que le chat noir dont il n’oubliera jamais l’effrayante expression. Il lui semble que celui-là le fixe d’un regard sombre,
malveillant, comme s’il avait eu écho de la mort d’un de ses congénères. Pauvre Coco ! cette folle idée lui est spontanément venue à l’esprit… Il maintient le regard de l’animal, s’en approche précautionneusement, toujours en le fixant des yeux, comme pour le défier… en éprouvant au fil de son approche un sentiment grandissant de crainte, de culpabilité… et de
respect. « Mais à quoi est-ce que je joue ! » se dit-il intérieurement. À peine a-t-il tendu au chat une main promise à la caresse qu’il se retrouve tout bête, seul avec lui-même, à se demander s’il n’est pas en train de
déraisonner…

2ème extrait

… Ses pensées se sont à tel point fondues dans cette agitation de volatiles qu’elles sont parvenues à le plonger dans un univers enivrant où lui-même est devenu une de ces petites choses ailées libres de toute entrave… Comme subitement doté d’un don de clairvoyance ou étourdi par de folles considérations, il a l’impression que ces oiseaux lui sont reconnaissants d’il ne sait quoi, que leurs petits cris jetés à ses oreilles sont autant de « mercis », et que leurs incessants battements d’ailes lui renvoient des bouffées de bonheur. Une délicieuse sensation de bien-être l’emporte… Les yeux demi-clos, il voyage.

Tout à coup, une espèce de peluche jaunâtre aux formes incertaines, inerte, parmi les plants de tomates, lui fait l’effet d’un seau d’eau en pleine figure: il s’en rapproche instantanément, craignant déjà le pire, en faisant par la même occasion fuir les mésanges. Un « quelle horreur ! » sort spontanément de sa bouche, comme un cri de douleur: dans son jardin gît un chat mort.

Dans sa tête, c’est une sorte de séisme cérébral qui l’ébranle: sa gentille communion avec les oiseaux s’est brutalement muée en une tragique réalité. Un insupportable sentiment de culpabilité l’assaille aussitôt: « Qu’ai-je fait ? » se dit-il, le coeur battant la chamade…

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